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lundi, mai 25, 2026

RDC : de fausses croyances, obstacle invisible à la riposte contre Ebola

« Une nouvelle épidémie d’Ebola est déclarée. C’est une occasion de brasser de l’argent pour le ministère de la Santé », ont commenté certains Congolais à l’annonce de la 17ᵉ épidémie de l’histoire de la RDC. « C’est une bonne affaire », ironisent d’autres. « C’est une arme biologique créée par les hommes politiques », a même affirmé une journaliste lundi 25 mai.

Ces croyances et commentaires accompagnent souvent l’apparition des maladies en RDC.

En Ituri, épicentre de cette 17ᵉ flambée de fièvre hémorragique, la maladie s’est propagée à la faveur d’un enterrement. Alors qu’ils étaient plongés dans le deuil après la perte d’un proche, des membres d’une famille ont décidé de changer le cercueil alors que le défunt y avait déjà été placé pour un enterrement imminent. Cette manipulation du corps a favorisé la propagation du virus Ebola.

Nous sommes alors au milieu du mois d’avril et personne ne soupçonne encore que le défunt a succombé à Ebola. Après avoir transféré la dépouille dans un nouveau cercueil, les proches ont brûlé l’ancien cercueil endommagé. Trois semaines plus tard, la communauté était décimée par une succession de décès.

Une croyance s’est alors répandue : le cercueil brûlé serait maudit et se vengerait de la communauté. Une interprétation dramatique qui masquait la réalité : c’était le début de la 17ᵉ épidémie d’Ebola qui ravageait déjà l’Ituri.

Cet épisode rocambolesque a été raconté il y a une semaine par le docteur Roger Kamba, ministre de la Santé, qui a insisté : « Ebola n’est pas une maladie mystique ou mystérieuse. »

Au moment où l’OMS s’inquiète du fait que « l’épidémie s’étend rapidement » et que la RDC a déjà enregistré plus de 200 morts, la crise de confiance entre les communautés et le personnel soignant pourrait devenir un obstacle majeur à la riposte.

L’OMS RDC met particulièrement l’accent sur l’engagement communautaire pour freiner la propagation de cette maladie hémorragique.

« Les vaccins ne sont pas encore largement disponibles pour toutes les souches, notamment le virus Bundibugyo. Cela rend la détection précoce, la recherche des contacts, la prévention des infections et l’engagement communautaire encore plus cruciaux lors des épidémies causées par ces souches », souligne l’organisation.

Cet appel intervient alors que plusieurs incidents ont été signalés en Ituri. Le 21 mai, des tentes installées pour soigner les malades d’Ebola ont été incendiées devant l’hôpital de Rwampara. Ces installations servaient de centres d’isolement pour les cas suspects ou confirmés.

À l’origine de ces tensions : l’annonce du décès d’un homme, fils d’un militaire, des suites d’Ebola. La nouvelle a provoqué la colère de certains proches du défunt. Le chef coutumier Zamundu Batagura affirme que la famille voulait récupérer le corps pour procéder elle-même à l’enterrement.

Face à l’opposition de la Croix-Rouge, des proches ont incendié la tente, provoquant des coups de feu. Selon des témoins, certains malades d’Ebola auraient également fui le centre de traitement.

Dans cette région, plusieurs habitants croient encore que la maladie d’Ebola est une « création des Blancs » et que l’isolement des malades constitue une « stratégie visant à s’emparer des terres des autochtones ».

En avril 2019, en pleine épidémie d’Ebola au Nord-Kivu, le médecin camerounais Richard Valery Mouzoko, épidémiologiste travaillant pour l’OMS, avait été tué alors qu’il participait à la riposte contre cette fièvre hémorragique dans l’est de la RDC.

Patrick Ilunga

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