À Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo comme dans d’autres villes de l’intérieur du pays, plus de 70 % de la population n’a pas encore accès aux services spécialisés du secteur bancaire. Pour effectuer des paiements ou transférer de l’argent à distance, des Kinois, en général des Congolais, recourent à des plateformes de transaction numérique, qui sont dominées par des opérateurs de mobile money étrangers, appliquant des frais élevés par opération, soit entre 5% et 12%.
Certains observateurs congolais renseignent que depuis les années 1970, le dollar américain domine l’économie, aggravant la dollarisation et limitant l’usage du franc congolais, la monnaie nationale. Ce tableau sombre a entraîné, entre autres :
1. Une perte de souveraineté monétaire pour la Banque centrale du Congo,
2. Des coûts de transaction excessifs pour les ménages et PME, 3. Une dépendance aux infrastructures étrangères,
4. Une fiscalisation limitée des flux financiers,
5 . Une faible inclusion financière, surtout en zones rurales.
Pour inverser cette tendance, Don de Dieu Kabu Dia Nzambi, économiste et chercheur congolais, exhorte le gouvernement, par l’entremise de la Banque centrale du Congo, à implémenter un Système national de paiement instantané, inclusif et souverain, inspiré du modèle brésilien.
En effet, le Système national des paiements instantanés (PIX) est une plateforme de paiement instantané lancée en 2020 par la Banque centrale du Brésil. Elle permet d’effectuer des paiements et transferts d’argent de façon instantanée, en temps réel et gratuitement, directement via les applications mobiles des banques au Brésil. PIX facilite tout type de paiements entre particuliers, entreprises ou administrations, et est aujourd’hui le principal système de paiement utilisé au pays de l’Amazonie.
D’après ses dires, « l’implémentation du « PIX Congo » est une opportunité historique pour la RDC de se doter d’une infrastructure souveraine, moderne et inclusive de transferts d’argent et paiements instantanés. Sa mise en place, sous la supervision de la Banque centrale du Congo, vise à réduire la dépendance aux opérateurs étrangers, à alléger les coûts pour les citoyens et à favoriser l’émergence d’une économie numérique congolaise plus forte, plus équitable et plus compétitive », soutient l’économiste Don de Dieu Kabu Dia Nzambi.
Et d’ajouter : « La mise en œuvre de « PIX Congo » favoriserait :
– L’inclusion financière : ouverture de l’écosystème à toutes les couches sociales,
– La réduction de la dollarisation : inciter à l’utilisation du franc congolais par un système plus pratique que le cash-dollar,
– La souveraineté monétaire : la BCC regagnerait contrôle et visibilité sur les flux financiers,
– La transparence et lutte contre la fraude : traçabilité totale des paiements,
– La stimulation économique : fluidité des échanges, baisse des coûts de transaction, intégration régionale.
Le système « PIX Congo » sera opéré et supervisé par la BCC avec deux services clés :
1. PIX Dépôt (Saque) : dépôt instantané d’argent sur un compte bancaire ou de paiement, depuis un agent, un commerçant, une banque ou un guichet automatique ;
2. PIX Retrait (Retiro) : retrait d’argent en espèces via les banques, agents partenaires ou guichets automatiques, tous connectés au système centralisé national ».
En sa qualité d’expert, M. Don de Dieu Kabu Dia Nzambi dit avoir prévu d’abord une phase de pilotage, durant laquelle la BCC aura besoin d’un appui technique et réglementaire. Au cours de cette phase dite pilote, l’économiste préconise un déploiement initial du PIX Congo dans les grandes villes, à savoir : Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Matadi et Kisangani. Cela nécessitera en suite le développement d’une plateforme nationale sécurisée et interopérable avec les banques, microfinances, fintech et autres prestataires agréés. Enfin, la phase d’extension permettra de généraliser progressivement le système à l’ensemble du territoire national.
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