La REGIDESO n’a de cesse de se plaindre des factures impayées qui pénalisent son fonctionnement normal. Après plusieurs années de complaintes, cet établissement fournisseur de l’eau en RDC devrait passer à la vitesse supérieure pour des recouvrements au forceps avec l’aide du gouvernement.
L’exécutif congolais envisage désormais un audit ciblé dans les instances accusées de consommer de l’eau sans s’acquitter de leurs factures auprès de la REGIDESO. Une décision qui intervient dans un contexte de fragilité chronique de la régie publique, confrontée depuis des années à des difficultés structurelles… mais aussi financières largement entretenues par l’État lui-même à travers ses différentes instances.
Lors du dernier Conseil des ministres, le ministre des Ressources hydrauliques et Électricité, Molendo Sakombi, a dressé un tableau préoccupant de la situation de la REGIDESO. Il a notamment évoqué un réseau de distribution vieillissant, datant de plus de 50 ans, responsable d’importantes pertes d’eau, ainsi qu’un manque criant d’équipements et de pièces de rechange pour assurer l’entretien et les réparations.
À ces contraintes techniques s’ajoutent des facteurs environnementaux, notamment les érosions causées par les pluies, qui fragilisent davantage les infrastructures. Pour y faire face, un plan d’urgence a été proposé, avec pour objectif d’améliorer la desserte en eau dans la capitale.
Mais au-delà des défis techniques, c’est la question du financement qui apparaît comme le véritable talon d’Achille de la REGIDESO.
Une dette publique silencieuse mais structurelle
Le ministre a clairement pointé du doigt le non-paiement des factures d’eau par plusieurs instances officielles. Une situation qui, selon des sources concordantes, dure depuis des années sans véritable mécanisme contraignant. Administrations publiques, bâtiments de l’État, mais surtout universités publiques figurent parmi les principaux débiteurs.
Cette réalité fragilise profondément la capacité de la REGIDESO à investir dans la maintenance et l’extension de son réseau. En clair, l’entreprise publique est prise dans un cercle vicieux : elle doit améliorer ses services, mais elle ne dispose pas des ressources nécessaires, en partie parce que ses principaux clients… ne paient pas.
Les universités dans le collimateur
C’est dans ce contexte que le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a insisté sur la nécessité de lancer un audit, en ciblant particulièrement les universités publiques.
Selon lui, une grande partie de ces établissements s’approvisionnent en eau sans honorer leurs factures, aggravant ainsi la situation financière de la REGIDESO. L’audit envisagé devrait permettre d’évaluer l’ampleur des factures impayées et, potentiellement, d’initier des mesures correctives.
Une réforme tarifaire sous tension sociale
Parallèlement, les autorités travaillent sur une révision du tarif de l’eau, examinée conjointement par les ministères de l’Économie et des Ressources hydrauliques, avec l’implication de la REGIDESO. « A la faveur de ce nouveau tarif, la REGIDESO pourra lancer des actions nécessaires pour résoudre les problèmes opérationnels en rapport avec la distribution de l’eau dans la ville-province de Kinshasa », a assuré le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya.
L’objectif est de dégager des marges financières tout en tenant compte des catégories sociales les plus vulnérables.
La réforme envisagée pose néanmoins question : peut-on demander davantage aux ménages, alors que l’État lui-même peine à régler ses propres factures qui se chiffrent en millions de dollars, à en croire un témoignage d’un cadre de la REGIDESO il y a quelques années ?
Une crise révélatrice des contradictions de l’État
Au fond, la situation actuelle met en lumière une contradiction structurelle. D’un côté, l’État appelle à une meilleure gouvernance et à la viabilité des entreprises publiques. De l’autre, ses propres institutions contribuent à leur affaiblissement par des pratiques de non-paiement tolérées depuis des années.
L’annonce d’un audit dans les universités publiques pourrait ainsi marquer un tournant — à condition qu’elle soit suivie d’effets concrets. Car sans discipline budgétaire au sein même de l’appareil public, les plans d’urgence risquent de rester lettre morte, et les robinets de Kinshasa, eux, de continuer à se tarir.
Patrick Ilunga


