La 17ᵉ épidémie d’Ebola qui frappe l’Est de la place les autorités sanitaires face à une équation complexe : contenir un virus meurtrier dans une zone minée par les conflits armés, les déplacements massifs de populations et les contraintes logistiques. Actuellement, 11 zones de santé en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu sont affectées, tandis que les décès potentiellement liés au virus dépassent les 200 cas.
Une riposte confrontée au casse-tête logistique
Pour freiner la propagation du virus Bundibugyo, qui ne dispose ni de vaccin homologué ni de traitement spécialisé, les autorités misent sur le dépistage massif et le déploiement rapide des intrants médicaux.
« Nous avons besoin de tester au maximum. Aujourd’hui, 2 000 tests devaient encore partir et demain, 4 000 autres vont partir », a déclaré le ministre congolais de la Santé, .
Le gouvernement affirme avoir élaboré un plan de riposte en coordination avec les autorités ougandaises et plusieurs partenaires internationaux, notamment l’OMS, Africa CDC et le CDC d’Atlanta. Initialement estimé à 240 millions de dollars, le budget a finalement été réévalué à 319 millions de dollars afin de couvrir les besoins opérationnels sur le terrain.
L’insécurité, principal obstacle à la riposte
Mais au-delà de la logistique, la situation sécuritaire constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à la lutte contre Ebola. Si le M23 n’est pas actif en Ituri, plusieurs groupes armés y maintiennent une forte instabilité, notamment les ADF, la CODECO, le groupe armé Zaïre ainsi que la Convention pour la révolution populaire du chef de guerre .
Dans ce contexte, les équipes médicales peinent à accéder à certaines localités et à assurer le suivi des cas contacts. Les déplacements de populations compliquent davantage les opérations de surveillance épidémiologique.
Le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a alerté sur « une collision catastrophique entre maladie et conflit » dans l’Est de la RDC.
« Nous ne pouvons pas bâtir la confiance communautaire ni isoler les malades pendant que les bombes tombent », a-t-il déclaré, appelant les groupes armés à un cessez-le-feu immédiat afin de permettre un accès humanitaire sécurisé et durable.
Selon l’OMS, les attaques contre les structures sanitaires rendent presque impossible l’identification rapide des malades et de leurs contacts, pourtant essentielle pour interrompre la chaîne de transmission.
Le défi financier d’une crise prolongée
La riposte représente également un lourd défi financier pour un pays déjà confronté à de multiples urgences humanitaires et sécuritaires. Sur les 319 millions de dollars nécessaires, des engagements de plus de 300 millions auraient déjà été obtenus auprès des partenaires internationaux.
Le gouvernement congolais affirme, de son côté, avoir déjà débloqué 20 millions de dollars pour soutenir les premières opérations.
Mais face à l’ampleur de l’épidémie et à l’instabilité persistante dans les provinces touchées, les autorités sanitaires redoutent un essoufflement des financements et une aggravation rapide de la crise si l’accès humanitaire reste compromis.
Patrick Ilunga


