La mobilité des personnes à Kinshasa est devenue un véritable casse-tête quotidien. La capitale de la RDC, forte de plus de 15 millions d’habitants fait face à des embouteillages énormes qui paralysent la vie des citoyens. Ni le gouverneur de Kinshasa Daniel Bumba, ni le Vice-premier ministre en charge des Transports Jean-Pierre Bemba n’ont réussi jusqu’ici à donner une solution qui puisse aider à fluidifier la circulation. Si pour Jean-Pierre Bemba, la situation que vit la ville de Kinshasa n’a rien d’exceptionnel, et que toutes les grandes villes de plus de 10 millions d’habitants font face au défi de mobilité, pour le président Félix Tshisekedi cela constitue « une épreuve, qui n’est plus une simple gêne urbaine, mais est un défi national de gouvernance ».
Cela fait deux années de suite que le président congolais énumère la question des embouteillages à Kinshasa dans son discours sur l’état de la nation devant les deux chambres du parlement, réunies en congrès. Le 8 décembre 2025, devant les sénateurs et les députés nationaux, Félix Tshisekedi a estimé que « des embouteillages, devenus monstres, épuisent nos familles, freinent la productivité, renchérissent le coût de la vie et affectent l’image même de notre capitale ».
Impact sur la productivité économique
Les embouteillages ne sont pas qu’une perte de temps; ils sont une perte économique colossale. Selon la Banque Mondiale, dans certaines grandes villes africaines, la congestion routière peut coûter jusqu’à 5% du PIB annuel d’un pays. À Kinshasa, où l’économie repose en grande partie sur les services et le commerce, les ralentissements routiers entraînent des pertes massives.
« Moins d’heures travaillées, moins de richesse produite – Un employé qui passe 4 heures par jour dans les bouchons travaille 20 heures de moins par semaine, soit 80 heures par mois. Cela représente près de 1000 heures perdues par an. – Pour une entreprise, chaque heure non mise au profit de la productivité par un salarié représente une baisse de rendement et une augmentation des coûts », selon les conclusions du Plan Directeur des transports urbains de Kinshasa. Cette étude sur le transport à Kinshasa estime que le temps perdu dans les embouteillages à Kinshasa pourrait représenter plus de 3 milliards de dollars par an en pertes de productivité.
Sur l’ensemble des pays africains, les embouteillages représentent un coût encore plus lourd. 314 milliards de dollars. C’est le coût annuel des embouteillages pour les économies africaines, selon un rapport de la multinationale française Alstom.
Avec une croissance démographique exponentielle, la ville de Kinshasa risque de faire face au challenge de circulation pour longtemps encore. Selon une étude de la banque mondiale de 2021, « En RDC, 45 % des habitants vivent en zone urbaine ». Au Congo – Kinshasa, comme dans d’autres pays à l’échelle africaine, « l’urbanisation rapide risque de tripler le nombre de citadins entre 2020 et 2050 », dit le même rapport de la banque mondiale(2021).
Les routes insuffisantes
La congestion de la circulation dans la ville de Kinshasa est aussi due au fait que le réseau routier existant est, dans la plupart des cas vétuste, en mauvais état ou inachevé. La circulation est concentrée sur un nombre limité de routes reliées au centre-ville. « À l’exception de quelques routes comme le boulevard Lumumba et le boulevard du 30 Juin, la majeure partie des artères à Kinshasa ne sont pas suffisamment aménagées et sont étroites. Il ne sera donc pas possible à l’avenir de réduire la congestion du trafic avec le seul réseau routier existant », affirme le plan directeur des transports urbains de Kinshasa, qui ajoute aussi que la situation s’aggrave avec la dégradation des routes et de la croissance exponentielle du nombre des véhicules dans la capitale, estimé à environ 1,5 millions début 2025.
Tous ces éléments forment un puzzle inextricable. Face à ce casse-tête qui persiste, le gouvernement congolais cherche une alternative. L’exécutif a lancé les travaux de la modernisation du réseau ferroviaire de Kinshasa, lequel a été abandonné depuis plusieurs années.
Patrick Ilunga


