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dimanche, novembre 30, 2025

Retraite des agents publics : L’Odep appelle le pouvoir central à la raison 

L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) s’oppose à la mise à la retraite de 300 000 agents publics, sans dispositif d’accompagnement social conséquent. Au cas contraire, l’application de cette mesure menancerait directement entre 2,1 et 3 millions de personnes, si l’on considère qu’un fonctionnaire congolais fait vivre en moyenne une famille de 7 à 10 personnes. Car, selon cette organisation de la Société civile, « ce chiffre n’est pas anodin : il représente une proportion significative de la population active urbaine dépendante des revenus de l’État ». 

L’Odep rappelle au gouvernement congolais que « toute réforme véritablement légitime doit être fondée sur les réalités nationales, respectueuse de la dignité humaine et porteuse d’équité sociale. Si les ajustements structurels peuvent être nécessaires pour assainir les finances publiques ou moderniser l’administration, ils ne peuvent se faire au détriment du tissu social, ni au prix de la précarisation de millions de familles. Une politique publique, aussi techniquement rationnelle soit-elle, devient injuste dès lors qu’elle est dictée de l’extérieur, appliquée mécaniquement, et génère de la souffrance chez ceux qu’elle est censée servir. Réformer, oui. Mais dans le respect de la souveraineté sociale, de la justice et de la dignité des citoyens », a déclaré Florimond Muteba, président du Conseil d’administration de l’Odep dans un communiqué signé le 15 juillet 2025.

UNE MESURE ADMINISTRATIVE A DES EFFETS ÉCONOMIQUES PARTICULIÈREMENT LOURDS 

Pour Florimond Muteba, sur le plan économique, « une telle mesure produirait des effets en chaîne particulièrement lourds :

– Choc immédiat sur le pouvoir d’achat : la suppression du salaire, 

même modeste, réduit drastiquement la consommation des ménages. Or, dans une économie largement informelle et domestique, la consommation est le principal moteur de survie. Cela provoque une contraction des activités locales (petits commerces, marchés, transports), affectant aussi des emplois indirects.

– Baisse de la demande en biens et services essentiels : avec moins 

de revenus, les familles réduisent leurs dépenses de santé, d’éducation et d’alimentation. Cela affecte les prestataires locaux (cliniques, écoles, petits producteurs), ralentissant le tissu économique communautaire.

– Hausse de la pauvreté multidimensionnelle : en l’absence d’un filet de sécurité sociale solide, les familles se replient sur des mécanismes de survie : déscolarisation des enfants, recours au travail informel précoce, 

endettement familial, dépendance à la solidarité communautaire.

– Risque de désordre social : la précarité accrue chez les retraités, 

combinée à l’absence d’alternatives économiques crédibles, renforce la 

frustration sociale, nourrit les tensions, et peut même aggraver les dynamiques de criminalité, de migration interne ou de radicalisation.

Ce n’est donc pas simplement une réforme administrative. C’est une mesure à fort impact économique, social et politique, qui en l’absence d’un cadre protecteur déstabilise la société dans ses fondements les plus vulnérables ».

UNE LEÇON À TIRER ET NON À IGNORER 

Le gouvernement congolais, rappelle l’Odep, avait amorcé cette réforme en 2022 par une 

première vague de 11 000 agents publics mis à la retraite, sans qu’aucune garantie sérieuse de prise en charge sociale ou de suivi institutionnel cohérent n’ait été mise en place. Cette expérience, loin d’avoir été un modèle, a laissé des séquelles profondes, tant sur le plan humain qu’administratif. Elle a notamment engendré :

– Des mois d’attente sans indemnités, plongeant des milliers de retraités dans une précarité extrême, souvent sans aucune autre source de revenu ;

– L’engorgement chronique des guichets de la CNSSAP, totalement 

dépassée par l’ampleur des demandes et incapable d’assurer les paiements dans des délais raisonnables ;

– Une désorganisation du service public, en particulier dans les secteurs sensibles comme l’enseignement, la santé et l’administration territoriale où le départ massif de personnel n’a été compensé ni par des recrutements, ni par une réorganisation fonctionnelle ;

– Un profond sentiment d’abandon, d’humiliation et de trahison, 

ressenti par des agents qui avaient servi loyalement l’État durant des 

décennies, souvent dans des conditions extrêmement difficiles, et qui ont été remerciés sans égard pour leur dignité.

Ces écarts précités ne doivent pas être ignorés dans la conception du projet actuel au risque d’aggraver les criantes d’une reproduction à plus grande échelle de ces mêmes erreurs.

Échos – Ressources

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