Portée par des niveaux de production inédits, la République démocratique du Congo entend désormais profiter pleinement de l’embellie générale d’une exploitation minière en hausse. Face à l’envolée des exportations de cuivre et de cobalt, le président Félix Tshisekedi hausse le ton et donne le la : toute la chaîne de l’exploitation minière doit être assainie en vue de ne plus laisser s’échapper d’importantes ressources financières issues du secteur minier.
Lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’État a placé la question de la mobilisation des revenus au cœur de l’agenda économique. Le président Tshisekedi note que le secteur minier est caractérisé par « une faiblesse de la chaîne de captation des revenus ». Il a ainsi mise en place un dispositif composé du Vice-premier ministre des Transports, celui de l’économie, celui du Budget, des finances, du commerce extérieur, des mines et du portefeuille à mener un audit exhaustif et nominatif qui devra porter sur le respect de l’obligation de rapatriement des recettes d’exportations. Le deuxième volet de l’audit devra consister à examiner la gouvernance des joints ventures et d’actifs miniers de l’État. Le dispositif mis en place par le chef de l’État comptera également l’inspection générale des finances et la Gécamines, le tout sous la coordination de la première ministre Judith Suminwa.
Pour ce qui est de l’obligation de rapatriement des devises, le président de la République fait remarquer le fait de ne pas se conformer à cette prescription légale conjugué aux fuites des capitaux via l’importation frauduleuse demeurent « une vulnérabilité majeure », face à laquelle « la réponse de l’État doit être ferme, réaliste, traçable… »
Le président congolais appelle à une traduction concrète des performances du secteur dans les caisses de l’État et dans le renforcement de la souveraineté monétaire.
Car les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2024 et 2025, le pays a franchi un cap historique, avec plus de 3,1 millions de tonnes de cuivre produites et près de 220 000 tonnes de cobalt. Les exportations ont suivi la même trajectoire ascendante. De quoi conforter la RDC dans son statut de poids lourd mondial des minerais stratégiques.
Tshisekedi pose un diagnostic clair. De l’exportation à l’encaissement, des pertes substantielles persistent, alimentées par des dysfonctionnements structurels. L’audit commandé devra être mené dans un délai de 30 jours. Il permettra d’aboutir à identifier les manquements, chiffrer les pertes et proposer des mesures correctives concrètes.
En parallèle, l’exécutif veut imposer une traçabilité totale des flux financiers et logistiques. Toutes les administrations impliquées – régies financières, services de contrôle, banques – seront interconnectées, afin qu’aucune opération n’échappe au suivi, depuis l’exportation jusqu’à l’encaissement des recettes. « L’OGFREM, l’OCC, la DGDA, la Banque centrale du Congo et les banques commerciales concernées. Aucune opération d’exportation ou d’importation ne devra désormais échapper à une chaîne intégrée de traçabilité permettant de suivre un même flux depuis les bordereaux logistiques jusqu’au paiement des droits, au rapatriement des devises et à l’encaissement effectif des recettes publiques », a instruit Félix Tshisekedi.
L’échéance est fixée à la mi-juin pour les premières conclusions. Pour Kinshasa, l’enjeu est clair : reprendre la main sur une manne stratégique et faire du boom minier un véritable levier budgétaire. En filigrane, une ambition assumée : transformer l’abondance des ressources en puissance financière durable.
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