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dimanche, novembre 30, 2025

Tanzanie: le pays tangue, Samia Suluhu surnommée Idi Amin Mama

La discrète présidente de la Tanzanie fait face à des manifestations de rue à la faveur des élections générales. Quatre ans après avoir remplacé feu président John Magufuli, Samia Suluhu Hassan s’apprête à entamer un mandat qui s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Les élections de mercredi 29 octobre devraient consacrer un nouveau mandat. Mais les rues en Tanzanie, d’ordinaire calmes et patientes, grognent désormais. Et pour cause, les populations dénoncent l’exclusion de l’opposition aux élections et une tendance de dictature qui s’est installé. Selon certains, le climat de répression qui a pris depuis John Magufuli, ne s’est guère amélioré. 

Le principal parti d’opposition, Chadema, a été exclu des élections pour avoir refusé de signer le code de conduite électoral qui, selon lui, n’incluait pas les réformes qu’il exigeait. Son leader, Tundu Lissu, arrêté en avril pour trahison et qui était rentré en Tanzanie en 2023 après des années d’exil, risque la peine de mort. Plusieurs cadres de Chadema ont été arrêtés ou ont disparu depuis 2024. L’un d’entre eux, Ali Mohamed Kibao, a été retrouvé mort en septembre 2024. Son corps a été roué de coups puis aspergé d’acide. La presse indépendante n’aurait plus droit de cité en Tanzanie et les médias locaux, objets d’un « harcèlement permanent de la part des pouvoirs publics ». La répression aurait fait entre cinq et dix morts. 

Dans un rapport publié le 20 octobre, Amnesty International a dénoncé une « vague de terreur » et des « violations systématiques » des droits de l’homme.

Dans une Tanzanie où un couvre-feu est instauré ( à Dar Es Salam), les étudiés sont appelés à « étudier à partir de la maison » et les fonctionnaires à travailler à distance, sauf ceux dont les postes exigent une présence physique.

Les manifestants, qui disent vouloir copier le modèle népalais (attaquer les dignitaires du pouvoir chez eux), surnomment la présidente Samia Suluhu Hassan du nom peu administratif de Idi Amin Mama, référence à Adi Amin Dada ancien président Ougandais, connu pour ses méthodes peu démocratiques et ses frasques dictatoriales. 

Née le 27 janvier 1960 sur l’île semi-autonome de Zanzibar, au sein d’une famille modeste – un père instituteur et une mère au foyer –, Mme Hassan est diplômée d’un master en développement économique communautaire obtenu dans le New Hampshire, aux Etats-Unis. Elle commence sa carrière au sein du gouvernement de l’île, où elle travaille d’abord à des fonctions administratives, puis à un poste de responsable du développement.

Toujours à Zanzibar, elle rejoint le Programme alimentaire mondial de l’Organisation des Nations unies en tant que cheffe de projet, puis dirige l’association des ONG de l’archipel, Angoza. Sa carrière politique démarre en 2000, lorsqu’elle est nommée membre du Parlement de Zanzibar par le parti présidentiel tanzanien Chama Cha Mapinduzi, au pouvoir depuis l’indépendance. Elle est plus tard élue à l’Assemblée nationale tanzanienne.

Samia Suluhu Hassan est plusieurs fois ministre : à Zanzibar (femmes et jeunesse, puis tourisme et commerce), entre 2000 et 2010, et au niveau national, à partir de 2014, comme ministre des affaires de l’union, auprès de l’ancien président Jakaya Kikwete (2005-2015). En 2015, elle forme un ticket gagnant – une première pour une femme – avec John Magufuli, qui dirige le pays d’une main de fer.

Le duo est réélu en 2020 dans un scrutin marqué par des irrégularités majeures, selon des observateurs indépendants. Après la mort de John Magufuli, elle est dans un premier temps saluée pour avoir assoupli les restrictions instaurées par ce dernier. Certains opposants rentrent d’exil. Mais le rêve de démocratie se heurte à des pratiques dictatoriales, et l’ex-vice présidente, de Mama qu’elle était affectueusement appelée, la voilà affublée en Idi Amin Mama.

Patrick Ilunga

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