La République démocratique du Congo entend accélérer la mise en place d’un cadre juridique destiné à mieux valoriser son immense patrimoine forestier et à renforcer sa capacité à mobiliser des financements liés à la protection de l’environnement et à la lutte contre le changement climatique.
Intervenant dans une émission télévisée consacrée au bilan de sa première année au sein du gouvernement Suminwa II, la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Marie Nyange Ndambo, a fait état d’avancées dans la réforme du secteur forestier. Elle a notamment annoncé la finalisation de la politique forestière nationale et la poursuite des travaux sur le nouveau Code forestier.
« Nous avons pu finaliser la politique forestière et le Code forestier est en cours de finalisation. Nous pensons qu’à la session de septembre, ce Code arrivera au niveau du Parlement pour être voté », a déclaré la ministre.
Selon elle, l’adoption et la promulgation de ce dispositif juridique doivent permettre à la RDC de mieux structurer la valorisation économique de ses forêts et de faciliter l’accès aux financements internationaux associés à leur préservation.
Le marché carbone au cœur de la stratégie
Marie Nyange Ndambo estime que la valorisation des forêts congolaises passe notamment par le développement du marché carbone et des mécanismes de paiement pour services environnementaux.
« La Banque mondiale évalue les forêts de la RDC à 230 000 milliards de dollars. L’accès à ces ressources nécessite la mise en place d’un dispositif légal permettant de mobiliser ces financements », a-t-elle expliqué.
La ministre a toutefois insisté sur la nécessité de faire bénéficier directement les communautés rurales de cette valorisation. Le gouvernement entend ainsi s’appuyer sur les paiements pour services environnementaux et écosystémiques afin que les populations qui dépendent des forêts puissent tirer profit des revenus générés par leur conservation.
Dans cette perspective, le ministère travaille à la mise en place d’une stratégie de valorisation, de certification et de monétisation des ressources forestières. Celle-ci repose notamment sur deux instruments : un registre carbone souverain et des mécanismes de mesure, notification et vérification, communément appelés MRV.
Pour la ministre, ces instruments ne peuvent être pleinement opérationnels sans un cadre légal spécifique. C’est pourquoi le gouvernement travaille également sur une loi relative au marché carbone.
« Nous avons travaillé sur la loi sur le marché carbone que nous sommes en train de finaliser. Elle a déjà été validée parmi les matières d’habilitation du gouvernement et nous sommes en phase de finalisation pour que le Président de la République puisse prendre l’ordonnance-loi qui consacrera cette réforme fondamentale et cruciale pour la République », a-t-elle indiqué.
Une part des revenus destinée aux communautés
La question du partage des bénéfices occupe une place importante dans cette réforme. La ministre affirme que 20 % des bénéfices issus des projets concernés doivent revenir aux communautés locales.
« Pour ces paiements, et surtout le marché carbone, 20 % des bénéfices sont réservés aux communautés locales », a-t-elle rappelé, présentant ce mécanisme comme une exigence découlant de l’Accord de Paris.
Depuis sa prise de fonctions, cinq projets portant sur les paiements pour services environnementaux auraient déjà été validés par le ministère, auxquels s’ajoutent quatre projets consacrés aux paiements pour services écosystémiques.
Transformer le capital forestier en levier de développement
Pour la RDC, l’enjeu dépasse donc la seule protection des forêts. Il s’agit de transformer son capital naturel en une source de financement du développement, tout en garantissant une redistribution des bénéfices aux populations qui vivent au contact de ces écosystèmes.
Cette ambition s’inscrit également dans une stratégie visant à améliorer l’image environnementale du pays sur la scène internationale. La première Semaine du climat organisée par le ministère de l’Environnement avait notamment réuni les différents acteurs de la gouvernance forestière et débouché sur une feuille de route présentée à Belém.
La réussite de cette stratégie dépendra désormais de la capacité du gouvernement à finaliser rapidement les différents textes juridiques, à mettre en place des mécanismes de certification crédibles et transparents et à garantir une gouvernance suffisamment solide pour rassurer les investisseurs et les partenaires internationaux.
Avec son immense couvert forestier et son rôle majeur dans la régulation du climat mondial, la RDC dispose d’un atout considérable. Encore faut-il qu’elle transforme cet avantage écologique en opportunité économique, dans un cadre légal clair et au bénéfice des communautés locales.
Echos-Ressources


