Après sa réussite d’une importante levée des fonds sur les marchés internationaux, le gouvernement de la RDC se félicite vivement de cette réalisation. L’émission des premiers eurobonds pour la RDC, pour un montant total de 1,25 milliard de dollars, est une opération présentée comme un signal fort de crédibilité et d’attractivité économique.
« À la suite d’une série de roadshows, débutée en octobre 2025 à Washington D.C. et New York, poursuivie en février 2026 à Londres et en avril 2026 à Paris, avec des gestionnaires d’actifs internationaux de premier plan, le Ministère des Finances a ouvert le livre d’ordres dans la matinée du 9 avril 2026 », se réjouit le ministère des finances qui indique que cette réalisation
démontre à « suffisance que la République démocratique du Congo d’aujourd’hui est économiquement plus attrayante que celle d’hier ».
Le porte-parole du gouvernement congolais Patrick Muyaya ajoute que l’opération dépasse le simple cadre financier. Elle traduit, selon lui, une reconnaissance des efforts entrepris par les autorités congolaises pour améliorer la perception du pays auprès des investisseurs.
« La République démocratique du Congo vient de lever pour la première fois de son histoire des eurobonds (…) c’est un tournant parce que cela vient couronner tous les efforts portés pendant plusieurs années (…) les graines que nous plantions hier ont commencé à porter des fruits », a-t-il déclaré.
Le gouvernement congolais insiste sur un objectif clé : diversifier les sources de financement, dans un contexte où les besoins en infrastructures et en développement restent considérables.
Les fonds levés serviront à financer des projets d’infrastructures structurants pour le pays, en cohérence avec les objectifs du Plan national stratégique de développement 2024-2028, notamment l’aéroport international de N’djili, la centrale hydroélectrique de Katende et la route nationale n° 4, indique déjà le gouvernement de la RDC.
Une précision importante car, comme le fait souvent remarquer la Banque Mondiale « le financement par l’emprunt joue un rôle crucial pour le développement, à condition que la dette soit bien gérée, transparente et utilisée dans le cadre d’une stratégie de croissance crédible ».
Car quoiqu’on en dise, l’émission d’eurobonds revient à dire, en des termes plus simples à emprunter des ressources financières, remboursables avec un taux d’intérêt. En l’occurrence pour la RDC, les taux d’intérêt sont fixés à 8,75% pour 600 millions de dollars sur 5 ans et à 9,00% pour 650 millions de dollars sur 10 ans. La RDC peut se permettre cette dette, mais à condition de rester rigoureux dans les investissements à financer. Désormais, Kinshasa engage les marchés à investir dans l’économie congolaise. Et, pour cela, le pays met en avant ses bons chiffres macroéconomiques.
Quel est le niveau d’endettement de la RDC ?
Même si plus de 80% des congolais vivent sous le seuil de la pauvreté, le pays affiche une faible inflation, une croissance au-dessus des 5% et une dette autour de 20% (ou moins) du PIB. « Malgré des tensions commerciales mondiales accrues et une incertitude politique, la République démocratique du Congo (RDC) a maintenu une croissance économique résiliente en 2025, restant au-dessus de la moyenne régionale de l’Afrique subsaharienne », souligne un rapport de la Banque mondiale.
Selon des institutions de référence comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, la RDC reste à ce stade un pays faiblement endetté comparé à de nombreux États africains comme le Sénégal qui est au-delà de 100% du PIB. La dette publique du Sénégal a été estimée par la cour des comptes à 99,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2023. Elle a été réévaluée à 119 % du PIB pour 2024, selon un rapport de la banque Barclays.
La RDC quant à elle bénéficie encore d’une marge d’endettement jugée modérée. Le risque de surendettement est généralement classé comme modéré par ces institutions. Cette situation relativement favorable s’explique notamment par les allègements de dette obtenus dans le cadre de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) dans les années 2010.
Un succès à relativiser ?
Si le gouvernement célèbre une opération « historique », certains analystes appellent à la prudence. Les taux relativement élevés (jusqu’à 9,00%) traduisent une perception de risque encore importante.
L’émission d’eurobonds ouvre donc une nouvelle ère pour la RDC : l’opportunité de financement massif pour le développement ; mais aussi exposition accrue aux marchés financiers, avec des exigences de discipline budgétaire plus strictes.
Pour Kinshasa, l’enjeu sera désormais de transformer cet essai financier en investissements productifs, capables de soutenir durablement la croissance sans faire basculer le pays dans une spirale d’endettement.
Quand parle-t-on de surendettement ?
Les standards internationaux, notamment ceux du FMI et de la Banque mondiale, reposent sur plusieurs indicateurs clés :
Un pays est considéré à risque élevé ou en situation de surendettement lorsque :
sa dette dépasse des seuils critiques (souvent autour de 55–60 % du PIB pour les pays à faible revenu, selon leur capacité) ; le service de la dette (remboursements et intérêts) devient trop lourd par rapport aux recettes publiques ou aux exportations ;
il rencontre des difficultés à honorer ses échéances, voire des défauts de paiement.
Dans le cas de la RDC, le défi n’est pas tant le niveau actuel de la dette que la qualité des projets financés et la capacité à générer des revenus suffisants pour rembourser ces emprunts.
Accès élargi aux capitaux
Un eurobond est un titre de dette émis par un État (ou une entreprise) sur les marchés internationaux, généralement dans une monnaie étrangère comme le dollar. Contrairement aux emprunts domestiques, il permet d’accéder à un large éventail d’investisseurs internationaux.
Pour la RDC, cette opération signifie concrètement : un accès direct aux capitaux mondiaux ; une diversification des sources de financement au-delà de l’aide classique et des prêts concessionnels ; mais aussi des coûts plus élevés, avec des taux d’intérêt significatifs, reflet du risque perçu par les marchés.
Patrick Ilunga


