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samedi, juillet 4, 2026

Sénégal : Diomaye Faye prépare le lancement de son parti sur fond d’une confrontation avec Sonko

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye accélère la construction de son autonomie politique. Selon plusieurs sources à Dakar, le chef de l’État prépare le lancement de son propre parti, une initiative qui marque un tournant dans son mandat et confirme la rupture progressive avec son ancien mentor et allié, Ousmane Sonko. Longtemps présentés comme les deux visages d’un même projet politique, les deux hommes s’affrontent désormais sur le terrain institutionnel autant que sur celui du contrôle de la majorité présidentielle.

Le projet a été dévoilé lors d’une rencontre organisée au Palais de la République en présence de plus de 300 maires venus de l’ensemble du pays. Pour Bassirou Diomaye Faye, il s’agit de bâtir une formation politique capable de lui offrir une assise propre, distincte de la coalition « Diomaye Président » qui avait porté sa candidature en 2024 alors qu’il ne disposait d’aucun appareil partisan personnel.

Les promoteurs de cette future formation assurent qu’elle ne reposera pas sur l’absorption de partis existants. Tous les participants seraient appelés à devenir membres fondateurs d’une nouvelle organisation politique. L’objectif est également territorial : fédérer les élus locaux autour du président afin de préparer les prochaines consultations électorales et de sécuriser la réélection des maires qui rejoignent l’initiative.

Au-delà de la création d’un nouvel appareil politique, cette initiative vise également à consolider l’ancrage territorial du président avant les prochaines échéances électorales. Les maires, considérés comme les principaux relais locaux du pouvoir, devraient constituer l’ossature de cette nouvelle force politique.

Cette évolution intervient alors que les rapports entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se sont considérablement détériorés. Après son départ de la Primature, Sonko a repris la tête du parti PASTEF avant d’être élu président de l’Assemblée nationale, où il s’appuie sur une large majorité parlementaire. Cette nouvelle configuration institutionnelle a progressivement transformé deux anciens alliés en deux pôles concurrents du pouvoir.

Les divergences sont apparues au grand jour lors de l’examen de la vaste réforme constitutionnelle voulue par le pouvoir. Défendu devant les députés sous la conduite de la majorité de PASTEF, le texte prévoit notamment un rééquilibrage des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif, la création d’une Cour constitutionnelle en remplacement de l’actuel Conseil constitutionnel ainsi que la mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante.

Mais les débats parlementaires ont aussi accentué les fissures entre les deux camps. Plusieurs amendements proposés par la présidence ont été rejetés par les députés dans une assemblée entièrement PASTEF, après que l’opposition a quitté l’hémicycle. Parmi les dispositions les plus sensibles figure l’interdiction faite au président de la République d’exercer simultanément des responsabilités dirigeantes au sein d’un parti politique ou d’une coalition. Une mesure qui pourrait compliquer les ambitions politiques de Bassirou Diomaye Faye au moment même où il cherche à structurer son propre appareil en vue d’un éventuel second mandat en 2029.

L’adoption de la réforme par l’Assemblée nationale n’a pas refermé le dossier. Au contraire, une nouvelle confrontation s’est ouverte sur la suite du processus. Le chef de l’État a exprimé son intention de soumettre la Constitution révisée à un référendum populaire, estimant qu’une réforme d’une telle ampleur mérite l’approbation directe des Sénégalais.

Ousmane Sonko défend une lecture différente. Le président de l’Assemblée nationale demande au chef de l’État de promulguer le texte tel qu’il a été adopté par les députés, sans passer par la voie référendaire. Cette divergence traduit une opposition grandissante sur l’interprétation des mécanismes institutionnels et sur l’équilibre des pouvoirs au sommet de l’État.

Dans ce contexte, la création d’un parti présidentiel apparaît bien plus qu’une simple réorganisation politique. Elle constitue un instrument destiné à renforcer l’autorité de Bassirou Diomaye Faye face à un PASTEF toujours contrôlé par Ousmane Sonko et à une Assemblée nationale acquise à ce dernier. Le Sénégal entre ainsi dans une nouvelle phase politique où la compétition entre les deux hommes, autrefois inséparables, structure désormais l’ensemble du débat public.

À mesure que se profile l’horizon de 2029, cette rivalité pourrait redessiner durablement les rapports de force au sein de la majorité et transformer le paysage politique sénégalais.

Patrick Ilunga 

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